
Imaginons que vous ayez embauché un nouveau collaborateur à distance très compétent. Vous lui demandez d’organiser et de réserver un séminaire d’entreprise. Vous ne lui indiquez pas sur quels boutons de la souris cliquer ni quels sites Web consulter : vous lui faites confiance pour s’en débrouiller. Il consulte les agendas, compare les prix des vols, se souvient que le PDG déteste les départs tôt le matin, et réserve les billets.
En résumé, c’est exactement ainsi que l’IA agentique est conçue pour fonctionner. Ces systèmes s’appuient sur une architecture sophistiquée articulée autour de six caractéristiques clés :
1. Perception
Tout comme les ordinateurs classiques interprètent le code binaire, l’IA agentique perçoit l’environnement à partir de données sous toutes leurs formes, qu’elles soient textuelles, visuelles, structurées ou non structurées, et provenant de multiples sources, telles que les bases de connaissances, les capteurs, les API et les saisies des utilisateurs.
À partir de ces informations, elle interprète les signaux et établit un contexte autour d’eux. Cet état sert alors de base au raisonnement et à l’action.
2. Raisonnement
Une fois le contexte établi, l’IA analyse les tâches principales à l’aide de LLM.
Comme les instructions humaines peuvent être vagues, les agents ont recours à des processus de réflexion internes, ou à ce qu’on appelle le « monologue intérieur des agents », pour comprendre l’objectif. Cela signifie que les agents IA analysent littéralement le problème en interne avant d’agir.
Pour ce faire, elle utilise un ou plusieurs cadres de raisonnement, tels que le raisonnement par chaîne de pensée (CoT), l’arbre de pensée (ToT) et ReAct (Reason + Act), afin de réfléchir de manière itérative, de tester une hypothèse, puis de réfléchir à nouveau, imitant ainsi la résolution de problèmes chez l’humain.
Si un objectif est ambigu, le système peut raisonner de manière autonome en recourant à des heuristiques et à l’inférence probabiliste pour combler les lacunes. L’intérêt de cette étape est précisément d’examiner toutes les conséquences possibles des différentes actions avant de s’engager dans une voie particulière.
Imaginons que nous confions la tâche consistant à « organiser un séminaire d’entreprise » à un système d’IA agentique. Voici à quoi pourrait ressembler son raisonnement :
« L’objectif est d’organiser et de réserver un séminaire d’entreprise pour le mois prochain. Je dois d’abord vérifier les disponibilités de l’équipe. Je constate que la seule période où tous les cadres sont disponibles est du 15 au 17. Ensuite, je dois trouver un lieu pouvant accueillir 50 personnes pour un budget inférieur à 15 000 $. Le Mountain Resort est disponible, mais coûte 18 000 $. Le Lakeside Inn coûte 12 000 $, mais se trouve à trois heures de route. Étant donné que le budget est une contrainte stricte et que le trajet en voiture respecte la limite de quatre heures prévue par la politique de l’entreprise, je vais donner la priorité au budget et choisir le Lakeside Inn, puis rechercher des options de navette. »
C’est cette capacité à évaluer des informations contradictoires et à recourir à la logique pour trouver une solution qui distingue un agent d’un script.
3. Définition d’objectifs
Ensuite, le système décompose l’objectif général en étapes logiques plus petites et détermine la meilleure séquence pour les atteindre.
Pour reprendre notre exemple de déplacement hors site, l’agent décompose le plan de voyage en un graphe de dépendances composé de sous-tâches :
- Tâche 1 : Vérifier et réserver les calendriers des équipes pour les jours de voyage.
- Tâche 2 : Réserver le Lakeside Inn pour les 15, 16 et 17.
- Tâche 3 : Organiser une navette pour 50 employé·es.
- Tâche 4 : Recueillir les restrictions alimentaires et finaliser les menus.
- Tâche 5 : Assurer la coordination avec les chefs de service pour pourvoir les places disponibles dans les ateliers.
Si une tâche est trop vaste pour être réalisée d’un seul coup, l’IA définit des sous-objectifs et des jalons.
Une fois encore, ce comportement proactif permet au système d’adapter les tâches et les étapes de manière autonome afin d’atteindre le résultat souhaité sans attendre de nouvelles instructions.
4. Prise de décision
À ce stade, l’agent doit déterminer la ligne de conduite la plus efficace. Pour ce faire, il utilise une combinaison de fonctions d’utilité, de modèles décisionnels basés sur les priorités et de modèles décisionnels probabilistes afin d’obtenir le meilleur résultat possible.
S’il rencontre un obstacle, il recalcule son itinéraire et prend des décisions en temps réel.
Supposons qu’il passe à la tâche n° 3 et constate que la compagnie de navettes affiche complet. Il se fixe immédiatement un nouvel objectif intermédiaire — par exemple, consulter les horaires de train et regrouper les bons Uber — et poursuit son chemin selon ce nouveau plan.
À cette étape, l’autonomie est primordiale. Les agents échangent leurs raisonnements pour prendre des décisions et s’ajustent automatiquement vers les meilleures options possibles.
5. Exécution
Une fois le plan défini et les décisions prises en votre nom, le système détermine les outils (API, interpréteurs de code, actions de navigateur) nécessaires à l’exécution du flux de travail.
Comme l’IA agentique peut accéder aux plugins installés par l’administrateur sur des outils externes, elle peut interagir directement avec ces applications tierces et y exécuter des tâches.
En cours d’exécution, si un appel API échoue ou si un site Web de réservation est indisponible, les systèmes d’IA agentique intègrent une gestion des erreurs. Cela signifie qu’au lieu d’interrompre le processus, ils analyseront l’erreur. Si l’erreur est temporaire, ils réessaieront après deux minutes. Dans le cas contraire, l’IA s’autocorrigera et recherchera la meilleure action possible.
La plupart des entreprises mettent en place des mesures de sécurité à ce stade, car les agents communiquent dans un environnement opaque, de type « boîte noire », et personne ne sait vraiment ce qui se trame.
Ainsi, pour protéger les intérêts de chacun, elles fixent des limites précisant dans quels cas l’agent peut agir de manière autonome et dans quels cas il doit attendre l’accord d’un humain.
Par exemple, il peut vous rediriger vers la page de paiement du site Web de réservation, mais vous demander ensuite de valider la transaction manuellement.
6. Apprentissage et mémoire
L’apprentissage agentique constitue le principal facteur de différenciation. Contrairement à l’IA générative, qui reste inchangée tant qu’on ne lui donne pas d’instructions explicites, l’IA agentique tire des enseignements de ses interactions et expériences passées.
Pour ce faire, l’IA s’appuie sur la mémoire épisodique. Elle stocke les actions passées, les interactions et les retours d’expérience dans une base de données mémorielle. À chaque nouvelle information, l’IA met à jour sa mémoire procédurale. La prochaine fois qu’une tâche ou une requête similaire se présente, l’IA est en mesure de la traiter plus efficacement.
Cependant, le composant mémoire n’est pas activé par défaut et doit être ajouté via des magasins de vecteurs ou des bases de données.